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lunes, julio 31, 2006

DESCUBREN HIDROCARBUROS EN TITAN

La sonde Cassini a sans doute détecté des lacs de méthane à la surface de Titan
LE MONDE | 27.07.06 | 18h27 • Mis à jour le 27.07.06 | 18h27

'honneur des prophètes de l'espace est presque sauf. Ils avaient annoncé des mers d'hydrocarbures sur Titan, la principale lune de Saturne, et craignaient même que l'atterrisseur Huygens y soit englouti.
Alors, forcément, lorsque la sonde de l'Agence spatiale européenne (ESA) a touché, en janvier 2005, un sol mou mais sans trace de liquide, ils se sont attirés quelques railleries.
Et les plaisanteries ont redoublé, un an plus tard, lorsque la sonde américaine Cassini a découvert des champs des dunes qui plaidaient encore davantage pour un terrain sec.


Or voici que la même sonde vient de détecter, lors d'un survol rapproché de l'astre effectué le 21 juillet, des signes presque incontestables de la présence de liquide à la surface de Titan. Certes, ce ne sont pas les mers annoncées, mais cela ressemble fort à une douzaine de lacs situés près du pôle nord du satellite, et dont les plus grands pourraient mesurer plus de cinquante kilomètres de long.

Cette découverte revient au radar embarqué à bord de Cassini, qui a entrepris de balayer la quasi-totalité de la surface de Titan.
Dans la zone observée le 21 juillet, plusieurs sites n'ont pas renvoyé à l'appareil les ondes qu'il avait émises. e qui constitue la réponse classique d'une étendue liquide.

Sur les images transmises par Cassini, ces zones non réfléchissantes apparaissent en noir. Elles sont entourées de surfaces grises qui correspondent à des terrains rugueux, dotés de reliefs.


LITTORAUX MARQUÉS


La limite entre noir et gris apparaît très nette, ce que les scientifiques américains ont interprété comme une indication supplémentaire qu'il existe des littoraux marqués dans cette région.

Dernier indice concordant : la température des zones noires semble un peu plus élevée que celle des surfaces alentours. Là encore, il s'agit d'une caractéristique typique d'une étendue liquide.

Attention ! Cet infime réchauffement n'ouvre aucune perspective de baignade en de tels lieux.
Sur Titan, dont la température moyenne est de - 180ºC, ces lacs ne peuvent être composés que de méthane ou d'éthane, des hydrocarbures liquides à ces températures très basses.

Leur présence, dans cet état, près du pôle Nord où des nuages ont été repérés, viendrait encore confirmer qu'il existe bel et bien un cycle du méthane sur la lune de Saturne, assez semblable à celui de l'eau sur Terre.

A l'état gazeux dans l'atmosphère de Titan, l'hydrocarbure se condense et retombe à la surface en précipitations dont les formes variées peuvent aller de la bruine à la pluie d'orage torrentielle, comme le postulent deux études publiées par la revue Nature du 27 juillet.
Ce cycle a laissé de nombreuses traces dans la physionomie de Titan : des fonds de lacs asséchés et des réseaux de rivières aperçus par Huygens.

Pour que le parallèle avec la Terre soit complet, il ne manquait que les étendues contenant encore du liquide, comme celle que vient sans doute de découvrir Cassini. Titan deviendrait ainsi, avec notre planète, le deuxième corps céleste connu à accueillir des lacs.

Tout cela est trop beau pour ne pas vérifier que c'est vrai. Les responsables de la mission ont déjà modifié le plan d'un survol au radar, prévu en octobre, pour pouvoir observer la même région sous un autre angle. Ils espèrent en tirer une confirmation et peut-être même, avec l'aide du vent, détecter des vagues à la surface. Ultime signe, indubitable, d'une présence liquide tant annoncée.

Jérôme Fenoglio
Article paru dans l'édition du 28.07.06